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Éthique du voyageur responsable

Les voyageurs qui parcourent les pays du Sud se trouvent souvent confrontés à des situations qui peuvent les troubler : la pauvreté, la détresse, la maladie, la mendicité… Comment « gérer » ces émotions ?

Il importe au départ de relativiser la notion de pauvreté. Ce qui serait inadmissible chez nous, à cause du climat, à cause de notre environnement très confortable, ne l’est pas nécessairement ailleurs. Ainsi, un village d’une minorité ethnique peut paraître très peu prospère à nos yeux, mais les habitants qui y vivent ne sont pas nécessairement nécessiteux. Ils vivent différemment, tout simplement, et leur bonheur réside souvent ailleurs que dans le matériel qui nous importe tant. L’investissement dans le pays, par le coût de votre circuit, est en soi une contribution qui profite à bien des gens.

Cela étant, il ne faut pas non plus se fermer les yeux devant les inégalités économiques et sociales qui creusent le profond fossé séparant les pays du Nord (ou de l’Occident) de l’hémisphère Sud. Le simple fait que nous puissions voyager partout dans le monde est en soi un privilège restreint. On dit qu’un sixième seulement de la population mondiale a les moyens de visiter les six autres septièmes!

Les cadeaux

Plusieurs voyageurs apportent dans leurs bagages crayons, calepins, cahiers, vêtements d’enfants, bonbons… pour distribuer ici et là, au fur et à mesure des rencontres, espérant ainsi apporter leur goutte d’eau au mieux-être des gens du pays.

Il est préférable de ne pas distribuer ostensiblement ces petits cadeaux – voire même de l’argent – à gauche et à droite, notamment aux enfants. Cette attitude alimente les rapports inégaux entre habitants du Nord et du Sud, mais surtout elle risque d’inciter les enfants à préférer mendier plutôt que d’aller à l’école. En outre, il est maladroit de distribuer des bonbons aux enfants. Les séquelles probables sont les caries que les parents ne peuvent faire traiter, par manque de moyens ou de ressources médicales.

Plutôt que de donner quelques sous directement aux enfants, pourquoi ne pas faire un don à un organisme qui travaille à leur bien-être sur une base continue, par exemple l’UNICEF ou différentes organisations non gouvernementales qui travaillent en partenariat avec les populations locales du pays visité à des programmes de développement ?

La mendicité

Chacun doit évidemment se sentir libre de donner ou non aux personnes qui sollicitent de l’argent – et qui tendent le plus souvent la main par véritable nécessité – ou d’acheter l’artisanat qu’on nous propose dans la rue.

Les touristes peuvent parfois subir comme une forme de harcèlement cette sollicitation constante. Il faut comprendre que ce sont avant tout dans les zones touristiques qu’elle a cours. Souvent, il suffit de s’éloigner de quelques rues pour qu’elle disparaisse. De fait, la mendicité ne fait pas partie intégrante de la culture locale. C’est une activité économique qui s’exerce dans les zones propices, c’est-à-dire là où se trouvent les « clients potentiels », les touristes. À la base donc, la plus grande tolérance est de mise.

Les photographies

Photographier de près une personne sans son consentement est une forme d’agression. Au mieux, il s’agit d’un manque de savoir-vivre. Et il peut arriver qu’un photographe se fasse arracher son appareil, se fasse bousculer ou même arrêter pour avoir pris des photographies non autorisées. Lorsque nous sommes fortement tentés de prendre « cette photo unique », rappelons-nous la réflexion de Rigoberta Menchu, la militante autochtone guatémaltèque lauréate du prix Nobel de la paix :

Ce qui nous blesse profondément nous, les autochtones, c’est le fait qu’on reconnaisse la beauté de nos costumes, mais que la personne qui les porte n’existe pas.

Essayer d’établir une belle relation avec une personne dont vous souhaitez conserver le portrait est à la fois une expérience enrichissante et respectueuse. Le sourire de cette femme, le regard de cet enfant, la sérénité de ce vieillard, dont vous voulez garder le souvenir, il est important d’aller les chercher par votre regard chaleureux, par le don de votre propre sourire, par l’expression de votre sérénité.

Le marchandage

Dans plusieurs pays du Sud, le marchandage est la règle. Comme on trouve les mêmes objets un peu partout (dans la rue, au marché et dans les magasins), le principal marchandage consiste à comparer les prix d’un endroit à l’autre. On peut aussi marchander avec une même personne.

Dans les principes du tourisme responsable, on conseille aux voyageurs de marchander avec modération. Le marchandage n’est pas une compétition où

le plus fort l’emporte ni non plus une façon pour les vendeurs d’exploiter le client. Marchander fait partie de la culture traditionnelle; c’est aussi une façon d’entrer en relation avec une autre personne et, en ce sens, de lui témoigner du respect.

D’autre part, il arrive que les artisans s’organisent en coopérative et fixent eux-mêmes leurs prix. Dans ce cas, on se trouve par la même occasion à faire du commerce équitable.

Le Conseil de promotion touristique du Mexique donne les conseils suivants au sujet du marchandage:

Le marchandage fait partie des usages. Le marchand est parfois timide, surtout lorsqu’il s’agit d’un Indigène: il n’est bien souvent qu’un revendeur, dont la marge est étroite. Il faut avoir la délicatesse de ne pas faire trop baisser les prix. En règle générale, faites vos achats tôt le matin, pour bénéficier des prix de la première vente de la journée.

Faites baisser les prix sur les choses qui en valent la peine (objets en argent, bijoux) plutôt que sur des produits artisanaux très bon marché (trop même, si l’on considère le temps nécessaire à réaliser céramiques, tissage, broderies, etc.